La LCB-FT ou lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme en entreprise a fait naître un marché d’outils de conformité qui s’est considérablement étoffé en quelques années.
Les offres sont aujourd’hui très hétérogènes. Certaines couvrent l’ensemble du dispositif LAB, d’autres se limitent au screening ou à la gestion des dossiers KYC. Certaines sont conçues pour les établissements financiers et d’autres pour les professions réglementées non financières.
Dans ce contexte, choisir un logiciel inadapté à son activité ou à sa taille peut créer autant de problèmes qu’il n’en résout : faux positifs en excès, traçabilité insuffisante, données non conformes au RGPD, impossibilité de démontrer sa conformité face à un contrôleur, etc.
Ici, nous vous proposons notre méthode de sélection structurée pour choisir la bonne solution LAB.
Choisir un logiciel LCB-FT : cadrer ses besoins réels
L’erreur la plus fréquente dans le choix d’un outil, qu’importe son utilisation, est de commencer par choisir les fonctionnalités plutôt que de faire un point sur les besoins réels (et non imaginés). Un logiciel complet qui couvre des fonctions inutiles pour votre activité est un logiciel surdimensionné et souvent mal configuré parce que mal compris.
Partir des obligations réelles et des besoins, puis chercher l’outil qui y répond produit de meilleurs résultats, à moindre coût et avec moins de friction à l’usage.
Identifier son périmètre d’obligations et son profil de risque LCB-FT
Trois questions structurent ce cadrage initial.
1- Quelles sont précisément vos obligations LCB-FT selon votre secteur d’activité et votre autorité de supervision ?
Par exemple, un expert-comptable répond à des obligations définies par la Norme Professionnelle LAB (NPLAB) et contrôlées par le Conseil supérieur de l’ordre des experts-comptables. Un notaire est soumis à un cadre différent, supervisé par le Conseil supérieur du notariat. Le secteur immobilier relève encore d’autres obligations LCB-FT.
Ces différences ne sont pas « pour la forme », elles déterminent les formulaires à utiliser, les seuils de vigilance à appliquer et les documents à produire en cas de contrôle.
2- Quel est votre volume de clients et de transactions à traiter ?
Un cabinet qui intègre une dizaine de nouveaux clients par mois n’a pas les mêmes contraintes qu’un acteur qui gère plusieurs centaines de dossiers en simultané. C’est évident, n’est-ce pas ?
Le volume conditionne donc directement le niveau d’automatisation nécessaire et, de fait, le type d’outil à rechercher.
3- Quel est votre niveau d’exposition aux risques ?
Encore une évidence… une clientèle majoritairement locale et bien connue dans des secteurs d’activité courants présente un profil de risque différent d’une clientèle internationale avec des contreparties dans des pays identifiés à risque par le GAFI ou des profils PPE (personnes politiquement exposées) fréquents.
Donc, plus l’exposition est élevée, plus l’outil devra être robuste sur le screening et la gestion des alertes.
Ces trois réponses définissent le socle fonctionnel minimum, c’est-à-dire ce dont l’outil doit impérativement être capable. Tout le reste est optionnel et choisir en fonction de ce socle évite de payer pour des fonctionnalités qui ne seront jamais utilisées.
Mode SaaS ou solution sur site : quelle architecture choisir ?
La grande majorité des professions réglementées de taille petite à intermédiaire n’a aujourd’hui aucune raison de s’orienter vers une solution installée sur leurs propres serveurs (solution sur site).
Le mode SaaS (logiciel accessible via un navigateur internet) est hébergé et maintenu par l’éditeur, ce qui offre des avantages déterminants dans ce contexte, notamment :
- un déploiement en quelques jours sans intervention informatique ;
- des mises à jour automatiques intégrant les évolutions réglementaires au fil de l’eau ;
- un coût maîtrisé sans investissement initial lourd.
La solution sur site peut se justifier pour les grandes organisations avec des contraintes d’infrastructure spécifiques ou des exigences de souveraineté sur leurs données particulièrement strictes, car certains secteurs réglementés imposent des règles précises sur la localisation des données.
Mais une solution sur site implique une dépendance à l’équipe informatique interne pour la maintenance, les mises à jour de sécurité et les évolutions fonctionnelles, ce qui rend la conformité réglementaire plus lente à assurer.
Bon à savoir : nous vous recommandons vivement de vérifier de manière systématique, quel que soit le mode choisi, la localisation de l’hébergement. Un hébergement en France ou dans l’Union européenne est préférable, car il garantit l’application du RGPD et la maîtrise des flux de données transfrontaliers.

Choisir un logiciel LCB-FT : les critères fonctionnels à examiner en priorité
Les fonctionnalités d’un logiciel LCB-FT ne se valent pas toutes, certaines sont des conditions sine qua non de conformité LAB, d’autres sont des options de confort. Avant toute démonstration commerciale, il est utile de savoir précisément ce que l’on doit évaluer et avec quel niveau d’exigence.
Logiciel LCB-FT : la qualité et la couverture du filtrage des sanctions
C’est le critère le plus déterminant et le plus technique à évaluer. Un logiciel de screening LAB doit couvrir les listes de sanctions obligatoires :
- listes de gel des avoirs de l’Union européenne ;
- listes OFAC (Office of Foreign Assets Control, autorité américaine des sanctions financières) ;
- listes du Conseil de sécurité des Nations Unies ;
- listes nationales du Trésor français ;
- les bases de données PPE (personnes politiquement exposées) ;
- les bases de médias défavorables (adverse media) ;
- et bien d’autres.
De plus, d’autres points sont à vérifier au-delà des déclarations commerciales.
- La fréquence de mise à jour des listes : un outil qui met à jour ses listes une fois par semaine ne permet pas de respecter l’obligation de screening en temps réel lors d’une entrée en relation. Les mises à jour doivent être quotidiennes, idéalement en continu.
- La qualité du fuzzy matching : capacité de l’outil à reconnaître un nom saisi avec une orthographe légèrement différente, une translittération approximative ou un alias pouvant correspondre à une entrée sur une liste de sanctions. Un moteur de matching trop strict génère des lacunes, mais trop permissif, il produit des centaines de faux positifs qui paralysent les équipes.
- Le paramétrage des seuils d’alerte : l’outil doit permettre d’ajuster le niveau de sensibilité du screening en fonction du profil de risque de l’organisation et de documenter ces choix de paramétrage pour les justifier lors d’un contrôle.
Logiciel LCB-FT : la gestion des dossiers clients et la traçabilité
Un logiciel LAB doit permettre de constituer, mettre à jour et archiver les dossiers de connaissance client de façon structurée et avec une piste d’audit complète.
Concrètement, cela signifie que chaque action (création d’un dossier, modification d’une information, résultat d’une vérification, décision prise, etc.) doit être automatiquement horodatée, associée à l’utilisateur qui l’a effectuée et conservée de façon non modifiable.
C’est précisément ce type de traçabilité que les autorités de supervision demandent à consulter lors d’un contrôle. Un dossier reconstitué a posteriori à partir d’emails ou de notes manuscrites, même exact dans son contenu, n’a pas la même valeur probante qu’un dossier géré nativement dans un outil traçable.

Enfin, nous vous recommandons de vérifier la durée de conservation proposée par l’outil. La réglementation impose un archivage de cinq ans minimum après la fin de la relation d’affaires. Certains outils proposent des durées plus longues, ce qui peut être un avantage selon les secteurs, mais attention à l’adéquation avec le RGPD (Règlement général sur la protection des données).
Logiciel LCB-FT : l’adéquation aux exigences de son autorité de supervision
Attention, comme nous le mentionnions précédemment, un logiciel générique conçu pour les établissements bancaires n’est pas adapté aux besoins d’un cabinet d’expertise comptable ou d’une étude notariale. Les formulaires diffèrent, les workflows de vigilance aussi et les référentiels réglementaires ne sont pas les mêmes.
Pour un expert-comptable, l’outil doit intégrer nativement le formulaire LAB de l’Ordre des Experts-Comptables et s’aligner sur les exigences de la Norme Professionnelle LAB (NPLAB). Pour un notaire, les obligations documentaires liées aux actes immobiliers et aux constitutions de sociétés imposent des spécificités que seul un outil conçu ou paramétré pour ce secteur peut couvrir correctement.
Choisir un logiciel LCB-FT : les critères de sécurité et critères contractuels
Les fonctionnalités ne suffisent pas à qualifier un logiciel LCB-FT. Un outil de conformité manipule des données personnelles sensibles (pièces d’identité, informations financières, résultats de screening, etc.) et s’inscrit dans la chaîne de responsabilité juridique de l’entreprise assujettie.
Les dimensions sécuritaires et contractuelles sont donc aussi importantes que le périmètre fonctionnel et elles sont moins souvent évaluées de manière rigoureuse lors des phases de sélection.
La sécurité des données et la conformité RGPD d’un logiciel LCB-FT
Comme nous l’avons souligné, le RGPD s’applique pleinement aux traitements des données réalisés dans le cadre de la conformité LAB. L’éditeur est un sous-traitant au sens du RGPD, puisqu’il traite des données personnelles pour le compte de l’entreprise assujettie qui en reste responsable.
Cette relation doit être formalisée dans un DPA (Data Processing Agreement ou accord de traitement des données) qui précise les obligations de l’éditeur en matière de sécurité, de confidentialité et de gestion des droits des personnes concernées.
En matière de sécurité, il est important de vérifier :
- le chiffrement des données en transit (connexion HTTPS) et au repos (données stockées chiffrées) ;
- la localisation de l’hébergement : France ou Union européenne de préférence ;
- la politique de gestion des habilitations : qui dans l’organisation peut accéder à quoi et comment ces accès sont-ils révoqués en cas de départ d’un collaborateur ? ;
- la journalisation des accès : l’outil conserve-t-il une trace de qui a consulté quels dossiers ? ;
- les procédures de sauvegarde et de continuité de service en cas d’incident technique.
Ces éléments doivent figurer dans le contrat ou le DPA et pas seulement être indiqués sur le site de l’éditeur, ce qui n’a aucune valeur contractuelle.
Le support et l’accompagnement à la prise en main du logiciel LCB-FT
Un logiciel LCB-FT n’est efficace que s’il est correctement configuré dès le départ. La phase de paramétrage initial est une étape technique et réglementaire :
- définition des seuils de scoring ;
- configuration des règles d’alerte ;
- structuration des modèles de dossiers selon la classification des risques de l’organisation ;
- etc.
Vigilance donc, si un éditeur de solutions LCB-FT se limite à un support technique sans comprendre les obligations métier de ses clients. Il ne pourra pas les accompagner correctement dans cette phase.
Pour vous aider à faire le point sur le support et l’accompagnement d’un éditeur, voici quelques questions à lui poser lors de l’évaluation :
- l’accompagnement au paramétrage initial est-il inclus dans l’offre ou facturé en supplément ? ;
- l’équipe support connaît-elle les obligations réglementaires spécifiques à mon secteur ? ;
- quelle est la procédure en cas de question sur un cas limite (homonyme difficile à qualifier, situation réglementaire ambiguë, etc.) ? ;
- la formation des utilisateurs est-elle proposée et sous quelle forme ? ;
- les mises à jour réglementaires sont-elles intégrées automatiquement ou nécessitent-elles une intervention manuelle ?
Un éditeur spécialisé sur un secteur métier précis connaît ces contraintes, c’est un avantage significatif par rapport à une solution généraliste qui couvre tous les secteurs sans en maîtriser les spécificités.
Bonus : la checklist pour évaluer un logiciel LAB en 20 points
Pour vous aider à prendre une décision, nous vous avons dressé une liste vous permettant d’évaluer objectivement les solutions et de comparer plusieurs outils sur des critères communs. C’est, en quelque sorte, la synthèse opérationnelle de tout ce qui précède.
Couverture fonctionnelle
✅ Filtrage des sanctions sur les listes majeures (UE, OFAC, ONU, DG Trésor) mises à jour quotidiennement
✅ Détection des PPE avec gestion des alertes graduées selon le niveau de correspondance
✅ Gestion des dossiers clients avec piste d’audit complète et horodatage automatique
✅ Archivage des documents conforme à l’obligation réglementaire (5 ans minimum après fin de relation)
✅ Alertes de révision automatiques selon le profil de risque et les délais définis
Adéquation sectorielle
✅ Formulaires et workflows adaptés à ma profession
✅ Prise en compte des spécificités de mon autorité de supervision
✅ Scoring des risques paramétrable selon ma propre classification interne
✅ Possibilité de documenter et d’archiver les décisions de non-déclaration
✅ Références clients vérifiables dans mon secteur d’activité
Sécurité et conformité RGPD
✅ Hébergement en France ou dans l’Union européenne
✅ Chiffrement des données en transit et au repos
✅ DPA (accord de traitement des données) disponible et signable
✅ Gestion des habilitations par profil utilisateur avec révocation possible
✅ Journalisation des accès aux dossiers et des actions effectuées
Support et déploiement
✅ Accompagnement au paramétrage initial inclus dans l’offre
✅ Formation des utilisateurs proposée
✅ Support avec délais de réponse garantis et compétence réglementaire métier
✅ Mises à jour réglementaires automatiques sans intervention manuelle
✅ Déploiement possible sans compétences informatiques internes
Il nous semblait important de conclure en précisant qu’un logiciel LCB-FT, aussi bien choisi soit-il, ne transfère pas la responsabilité de la conformité LAB vers l’éditeur. L’organisation assujettie reste juridiquement responsable de son dispositif, l’outil étant un levier et non une délégation. C’est pourquoi le choix de l’outil ne peut pas être dissocié de la qualité de la gouvernance qui le pilote : paramétrage rigoureux, supervision humaine des alertes et révision régulière des seuils. Il faut bien comprendre qu’un bon outil entre les mains d’équipes non formées produit des résultats médiocres alors qu’un outil imparfait piloté avec rigueur peut suffire, du moins, jusqu’à un certain point.







