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Comment mener une enquête interne anticorruption en entreprise ?

Comment mener une enquête interne anticorruption en entreprise ?
Table des matières

La loi Sapin 2 et les obligations inhérentes imposent aux entreprises concernées de mettre en place plusieurs mesures destinées à prévenir et détecter les risques de corruption. Parmi ces dispositifs, l’enquête interne constitue un outil permettant d’analyser des faits susceptibles de révéler un manquement aux règles anticorruption.

Contrairement à un contrôle courant ou à un simple examen documentaire, l’enquête interne intervient lorsqu’une situation présente un niveau de gravité suffisant pour nécessiter des investigations approfondies. Elle vise à établir les faits, identifier les éventuelles responsabilités et déterminer les mesures correctives adaptées.

Une enquête menée avec méthode permet également aux entreprises de mieux comprendre leurs vulnérabilités et de renforcer leur dispositif de prévention. On vous explique comment procéder de manière efficace.

Qu’est-ce une enquête interne anticorruption ?

Une enquête anticorruption désigne l’ensemble des investigations menées par une organisation afin d’établir la réalité de faits susceptibles de constituer une atteinte à la probité ou un manquement aux règles internes de prévention de la corruption.

Elle se distingue d’un contrôle classique par son caractère ciblé et approfondi. Alors qu’un contrôle vise généralement à vérifier l’application d’une procédure ou le respect d’une règle, l’enquête interne cherche à comprendre une situation précise à partir d’éléments laissant supposer un comportement irrégulier.

Par exemple, une entreprise peut décider d’ouvrir une enquête après avoir découvert :

  • des paiements inhabituels versés à un intermédiaire commercial ;
  • des commissions dont la justification économique semble insuffisante ;
  • des cadeaux ou invitations pouvant avoir influencé une décision professionnelle ;
  • des anomalies comptables révélant potentiellement une dissimulation de dépenses ;
  • etc.

L’enquête interne n’est pas déclenchée systématiquement dès qu’une difficulté apparaît. Elle doit rester proportionnée aux éléments disponibles, à la gravité potentielle des faits et aux risques encourus par l’organisation.

Ses principaux objectifs sont de :

  • déterminer la réalité des faits signalés ou identifiés ;
  • comprendre les circonstances dans lesquelles ils se sont produits ;
  • identifier les personnes, processus ou contrôles impliqués ;
  • évaluer les éventuelles défaillances du dispositif anticorruption ;
  • définir les mesures correctives nécessaires.

Les recommandations de l’Agence Française Anticorruption (AFA) soulignent l’importance d’une approche structurée lors d’une enquête. Celle-ci doit notamment respecter des principes de confidentialité, d’impartialité et de traçabilité afin de garantir la fiabilité des conclusions.

Bon à savoir : une enquête interne ne cherche pas uniquement à confirmer une suspicion. Elle peut également permettre d’écarter des accusations infondées et de protéger les personnes injustement mises en cause, à condition d’être conduite avec méthode et objectivité.

Dans quels cas déclencher une enquête interne anticorruption ?

Une organisation ne lance pas une enquête pour chaque difficulté rencontrée dans son fonctionnement quotidien. Cette démarche intervient lorsque des éléments suffisamment précis ou concordants font apparaître une possibilité de corruption ou une violation des règles nécessitant une analyse approfondie.

Plusieurs situations peuvent conduire les entreprises à ouvrir une enquête anticorruption.

Le premier déclencheur est souvent un signalement effectué via le dispositif d’alerte interne. Toutefois, une enquête peut également être initiée à la suite d’un contrôle, d’un audit, d’une revue comptable ou d’informations remontées par un collaborateur, un partenaire ou un tiers.

Parmi les situations pouvant justifier des investigations :

  • des opérations financières inhabituelles : paiements fractionnés, commissions élevées, factures imprécises ou prestations difficiles à justifier ;
  • des relations sensibles avec des tiers : recours à un intermédiaire dont les pratiques semblent inhabituelles ou dont la rémunération paraît disproportionnée ;
  • des comportements individuels préoccupants : contournement répété des procédures internes, pression exercée sur un collaborateur ou tentative d’influencer une décision ;
  • des anomalies détectées dans les contrôles comptables : écritures inhabituelles, absence de justificatifs ou dépenses enregistrées sous des libellés imprécis.

Par exemple, une direction financière peut identifier plusieurs versements effectués à un consultant local sans documentation permettant de comprendre précisément la nature des prestations réalisées. Cette situation ne signifie pas nécessairement qu’une corruption existe, mais elle peut justifier une analyse approfondie afin de vérifier l’absence de risque.

De même, un expert-comptable accompagnant une entreprise peut attirer son attention sur des opérations inhabituelles qui nécessitent une revue plus poussée avant de conclure à un éventuel manquement.

Comment conduire une enquête interne anticorruption ?

Une enquête interne anticorruption doit être menée selon une méthodologie rigoureuse afin de garantir la fiabilité des constatations, le respect des droits des personnes concernées et la crédibilité des décisions qui pourront en découler.

L’objectif n’est pas uniquement d’établir d’éventuelles responsabilités, mais également de comprendre les circonstances ayant permis la survenance des faits afin d’améliorer le dispositif de prévention de l’organisation.

Définir le cadre et préparer l’enquête anticorruption

Avant de lancer une enquête interne, il faut définir précisément son objectif et son périmètre. Une investigation efficace repose sur un cadrage initial permettant de déterminer quelles questions doivent être résolues et quels éléments doivent être examinés, mais aussi d’éviter les investigations inutiles et de garantir une utilisation proportionnée des ressources mobilisées.

Cette phase préparatoire peut notamment porter sur :

  • les faits faisant l’objet de l’enquête ;
  • la nature exacte des faits recherchés ;
  • la période concernée ;
  • les objectifs poursuivis ;
  • les personnes ou entités impliquées susceptibles d’être entendues ;
  • les documents et données nécessaires à l’analyse ;
  • les compétences requises et les personnes chargées de mener les investigations.

Le choix des enquêteurs mérite une attention particulière. Selon la complexité du dossier, l’enquête peut être confiée à certains services (conformité, direction juridique, audit) ou à des intervenants externes lorsque leur indépendance ou leur expertise est nécessaire. Dans tous les cas, les enquêteurs doivent conduire leurs investigations avec impartialité.

Le guide de l’AFA consacré aux enquêtes internes anticorruption précise que le périmètre doit rester proportionné. Une suspicion portant sur une opération isolée ne nécessite pas forcément les mêmes moyens qu’un système organisé impliquant plusieurs collaborateurs, filiales ou intermédiaires.

Par exemple, une PME découvrant une facture fournisseur inhabituelle pourra commencer par analyser les documents contractuels, les échanges commerciaux et les validations associées.

À l’inverse, une entreprise présente dans plusieurs pays et utilisant de nombreux agents commerciaux devra potentiellement mener des vérifications plus larges sur les flux financiers, les contrats et les relations avec les tiers concernés.

Cette préparation doit également permettre d’organiser la conservation des éléments de preuve dès le début de l’enquête. Certains documents ou données numériques pouvant être modifiés ou supprimés rapidement, il est souvent nécessaire de sécuriser les informations utiles avant même de débuter les investigations.

Conseil pratique : formaliser une feuille de route avant le lancement de l’enquête permet de limiter les investigations inutiles, de garantir une meilleure traçabilité des diligences réalisées et de démontrer que l’entreprise a adopté une démarche méthodique.

Collecter et analyser les éléments de preuve

Une enquête repose sur des éléments objectifs permettant de confirmer ou d’écarter les faits examinés. Les investigations doivent donc s’appuyer sur différentes sources d’information, dont la pertinence varie selon la nature des soupçons.

Les premiers éléments analysés sont généralement les documents internes :

  • contrats et avenants ;
  • bons de commande ;
  • factures ;
  • justificatifs de dépenses ;
  • procédures ;
  • échanges professionnels (courriels, comptes rendus, messageries professionnelles lorsque leur consultation est autorisée).

Les données comptables constituent également une source particulièrement utile. Le guide de l’AFA consacré au contrôle interne comptable anticorruption rappelle que l’analyse des flux financiers peut mettre en évidence des opérations atypiques ou insuffisamment justifiées révélant parfois des risques de corruption ou de contournement des procédures établies.

Toutefois, les contrôles comptables ne permettent pas, à eux seuls, d’établir une infraction, mais ils contribuent à orienter les investigations vers les opérations nécessitant des vérifications complémentaires.

Les entretiens complètent cette analyse documentaire. Ils permettent de comprendre le contexte des décisions prises, de confronter les informations recueillies et d’obtenir des explications sur les opérations examinées.

Afin de préserver la fiabilité de l’enquête, les auditions doivent être préparées, conduites avec neutralité et faire l’objet d’une restitution fidèle. L’objectif n’est pas de rechercher des aveux, mais de recueillir des éléments permettant d’établir les faits avec objectivité.

Bon à savoir : les éléments recueillis au cours d’une enquête interne doivent être analysés dans leur ensemble. Une anomalie comptable ou un témoignage isolé ne suffit pas nécessairement à démontrer un acte de corruption. Les conclusions doivent toujours reposer sur un faisceau d’indices concordants et sur une analyse documentée des faits.

Formaliser les conclusions de l’enquête

À l’issue des investigations, il faut formaliser ses constatations dans un rapport d’enquête retraçant la méthodologie suivie, les éléments examinés et les conclusions retenues. Ce document constitue un support d’aide à la décision pour la direction et permet de démontrer le sérieux de la démarche engagée.

Le rapport peut notamment présenter :

  • le contexte ayant conduit au déclenchement de l’enquête ;
  • le périmètre des investigations ;
  • les documents et informations analysés ;
  • les auditions réalisées ;
  • les faits établis, ceux qui n’ont pas pu être confirmés et les éventuelles limites rencontrées ;
  • les recommandations formulées.

L’enquête ne doit pas se limiter à déterminer si une personne a commis une faute. Elle doit également permettre d’identifier les éventuelles défaillances organisationnelles ayant favorisé la situation.

Par exemple, une enquête révélant des versements injustifiés à un intermédiaire peut mettre en évidence plusieurs faiblesses : absence de procédure de validation, contrôles comptables insuffisants, manque de vérification des tiers ou formation inadaptée des collaborateurs. Les recommandations pourront alors porter aussi bien sur les mesures disciplinaires que sur le renforcement des procédures internes.

Cette approche permet de faire de l’enquête un véritable outil d’amélioration du dispositif anticorruption, conformément aux recommandations de l’AFA.

Quels contrôles internes permettent de prévenir les risques de corruption ?

L’enquête interne intervient généralement lorsqu’un risque s’est déjà matérialisé ou que des éléments nécessitent une analyse approfondie. Elle ne constitue toutefois qu’un des leviers du dispositif anticorruption.

En amont, les contrôles permettent de réduire la probabilité de survenance des faits et d’identifier plus tôt les situations nécessitant une vigilance particulière. Ces contrôles doivent être adaptés aux risques identifiés dans la cartographie des risques. L’objectif n’est donc pas de multiplier les vérifications, mais de mettre en place des contrôles proportionnés aux activités, aux zones géographiques, aux relations avec les tiers et aux processus les plus exposés.

Les contrôles comptables anticorruption

Les contrôles comptables constituent un moyen de s’assurer que les flux financiers reflètent une réalité économique identifiable et qu’ils ne peuvent pas être utilisés pour dissimuler des opérations contraires aux règles anticorruption.

Ils reposent notamment sur plusieurs principes :

  • la justification des opérations enregistrées ;
  • la séparation des fonctions entre les personnes qui engagent, valident et exécutent une dépense ;
  • la conservation des pièces permettant de retracer une opération ;
  • la mise en place de contrôles adaptés aux opérations présentant des risques particuliers.

Le contrôle comptable ne consiste pas uniquement à vérifier la conformité technique d’une écriture. Il doit également permettre de comprendre si une opération correspond bien à une activité réelle, autorisée et cohérente avec les procédures.

Par exemple, une entreprise peut prévoir des contrôles renforcés sur certaines catégories d’opérations identifiées comme sensibles dans sa cartographie des risques : rémunération des intermédiaires, dépenses liées aux relations commerciales, opérations réalisées avec certains partenaires ou transactions impliquant des pays considérés comme présentant un niveau élevé.

Comment mener une enquête interne anticorruption en entreprise ?
Source : guide de l’AFA consacré aux enquêtes internes anticorruption

Conseil pratique : les contrôles comptables sont plus efficaces lorsqu’ils sont construits à partir des risques réellement identifiés. Une PME qui travaille principalement avec quelques distributeurs n’aura pas les mêmes besoins qu’un groupe international utilisant de nombreux intermédiaires commerciaux.

Les contrôles opérationnels et organisationnels

La prévention ne repose pas uniquement sur les fonctions financières. De nombreux risques apparaissent dans les processus métiers : achats, ventes, gestion des partenaires, ressources humaines ou relations institutionnelles.

Les contrôles opérationnels peuvent notamment porter sur :

  • l’évaluation des tiers avant l’entrée en relation ;
  • la validation des cadeaux, invitations et avantages accordés ;
  • la séparation des responsabilités dans les processus sensibles ;
  • le respect des procédures définies ;
  • la formation des collaborateurs exposés.

Ces contrôles ont également un rôle pédagogique. Ils permettent aux collaborateurs de comprendre les comportements attendus et les situations nécessitant une vigilance particulière.

Comment mener une enquête interne anticorruption en entreprise ? – illustration 2
Source : guide de l’AFA consacré aux enquêtes internes anticorruption

Comme pour d’autres démarches de conformité, l’enjeu n’est pas uniquement de disposer de procédures écrites, mais de s’assurer qu’elles sont réellement appliquées dans les pratiques quotidiennes.

Bon à savoir : certains outils peuvent être mutualisés entre plusieurs dispositifs de conformité lorsqu’ils répondent à des objectifs communs : analyse des risques, gestion documentaire, suivi des contrôles ou conservation des justificatifs. Cette approche permet d’éviter la multiplication des procédures tout en renforçant la cohérence globale du dispositif.

Quelles suites donner après une enquête interne anticorruption ?

La clôture d’une enquête ne marque pas la fin de la démarche anticorruption. Les conclusions obtenues doivent permettre de prendre des décisions adaptées et, lorsque cela est nécessaire, de renforcer son dispositif de prévention.

Les suites données dépendent naturellement des résultats de l’enquête. Elles doivent être proportionnées à la nature des faits établis, à leur gravité et au niveau de risque identifié.

Plusieurs situations peuvent se présenter :

  • les faits examinés ne sont pas confirmés : clôture la procédure tout en conservant une trace des diligences réalisées ;
  • des dysfonctionnements internes sont identifiés : des actions correctives doivent être engagées pour éviter leur réapparition ;
  • des manquements individuels sont établis : des mesures disciplinaires peuvent être envisagées conformément aux règles applicables ;
  • des faits susceptibles de constituer une infraction sont constatés : évaluation des suites juridiques appropriées.

Mettre en œuvre des actions correctives

L’un des principaux apports d’une enquête est de permettre aux entreprises d’identifier les causes ayant favorisé la survenance des faits.

Une réponse efficace ne consiste donc pas uniquement à traiter la conséquence immédiate. Elle doit également s’intéresser aux éventuelles faiblesses du dispositif existant. Les mesures correctives peuvent concerner :

  • la modification d’une procédure interne ;
  • le renforcement d’un contrôle ;
  • la clarification des responsabilités ;
  • la formation de certains collaborateurs ;
  • la mise à jour de la cartographie des risques.

Par exemple, si une enquête révèle que plusieurs collaborateurs ne maîtrisent pas les règles applicables aux relations avec les partenaires commerciaux, il faudrait alors revoir ses supports de formation et préciser ses procédures plutôt que de considérer l’évènement comme un simple cas individuel.

Cette approche rejoint la logique d’amélioration continue attendue dans les programmes de conformité.

Assurer le suivi et conserver la traçabilité des décisions

La gestion d’une enquête interne implique également de conserver une documentation permettant de retracer les démarches réalisées et les décisions prises.

Cette traçabilité permet notamment :

  • de justifier les choix effectués par l’entreprise ;
  • de démontrer la réalité des contrôles réalisés ;
  • de suivre la mise en œuvre des actions correctives ;
  • d’alimenter les futures évaluations des risques.

Le suivi peut prendre différentes formes : tableau de suivi des recommandations, revue périodique des actions engagées ou intégration des enseignements issus de l’enquête dans les outils de conformité existants.

En effet, une entreprise qui réalise une enquête sans exploiter les enseignements obtenus perd une partie de la valeur de cette démarche. À l’inverse, une enquête bien documentée peut devenir une source d’amélioration durable du programme anticorruption.

Une enquête interne anticorruption ne se résume pas à rechercher un responsable après la découverte d’un problème. Elle permet aux entreprises de disposer d’une analyse structurée des faits, de prendre des décisions adaptées et d’identifier les améliorations nécessaires pour limiter la réapparition du risque. Intégrée à un dispositif global de conformité, elle devient un outil de pilotage permettant de transformer un évènement sensible en opportunité de renforcer l’organisation et ses pratiques.

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