VOIR LE REPLAY DE NOTRE WE​BINAIRE

Bien préparer sa rentrée 2026/2027

Formation LCB-FT : qui former, sur quoi et à quelle fréquence ?

Formation LCB-FT : qui former, sur quoi et à quelle fréquence ?
Table des matières

La formation LCB-FT fait partie des obligations de conformité de lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme des entreprises que les organisations ont le plus tendance à traiter a minima.

Contrairement aux pratiques courantes, envoyer la procédure interne par email, donner accès à une fiche mémo ou encore partager un lien vers un article réglementaire ne constitue pas une formation au sens de la loi.

L’obligation est autonome et distincte de l’obligation d’avoir une procédure écrite. Les autorités de contrôle font la différence entre un document qui existe et des équipes qui savent comment l’appliquer. Car, on peut avoir le meilleur dispositif LCB-FT et des collaborateurs qui ne détecteraient pas un signal d’alerte évident.

C’est précisément ce que la formation vise à corriger.

Formation LCB-FT : une obligation légale autonome à documenter

La formation LCB-FT n’est pas un « plus » que les organisations vertueuses s’imposent en sus de leurs autres obligations. C’est une exigence légale à part entière avec son propre fondement juridique et ses propres critères de conformité.

Ce que dit la réglementation en matière de formation LCB-FT

L’article L. 561-34 du Code monétaire et financier impose aux entités assujetties de mettre en place des programmes de formation adaptés permettant à leurs collaborateurs de connaître leurs obligations LCB-FT et d’être en mesure de détecter les opérations susceptibles d’être liées au blanchiment de capitaux ou au financement du terrorisme.

Cette obligation est reprise et précisée dans les lignes directrices sectorielles publiées par les autorités de contrôle (ACPR pour le secteur financier, Conseil supérieur de l’ordre des experts-comptables, Conseil national des barreaux, Conseil supérieur du notariat, etc.).

Il est utile de distinguer deux notions complémentaires (formation et sensibilisation) que la réglementation traite ensemble, mais qui répondent à des logiques différentes. La formation désigne un apprentissage structuré, avec un contenu défini, une durée identifiable et une traçabilité.

La sensibilisation recouvre les actions régulières de rappel et d’information (newsletter interne, partage d’actualités réglementaires, retour sur des cas anonymisés) qui maintiennent le niveau de vigilance entre deux formations formelles. Les deux sont attendues et aucune ne remplace l’autre.

Pourquoi la procédure écrite ne vaut pas formation

C’est un point que les autorités de contrôle soulèvent régulièrement. En effet, disposer d’une procédure interne LCB-FT bien rédigée ne prouve pas que les équipes savent comment l’appliquer. Un document que personne ne lit ou que personne ne comprend dans ses implications pratiques n’a alors aucune valeur opérationnelle.

La formation est précisément ce qui fait le lien entre le dispositif formel et son application terrain.

Prenons un exemple concret : un collaborateur en contact direct avec les clients reçoit une demande inhabituellement urgente pour une transaction d’un montant élevé sans justification économique apparente. S’il n’a jamais été formé à identifier ce type de signal et à savoir à qui en référer en interne, la procédure écrite ne lui sera d’aucun secours dans l’instant. C’est la formation qui crée le réflexe.

Formation LCB-FT : qui doit être formé et sur quoi ?

L’obligation de formation ne s’applique pas de façon uniforme à l’ensemble des collaborateurs. Elle doit être calibrée selon le niveau d’exposition et de responsabilité de chacun. C’est ce que les lignes directrices sectorielles appellent une approche par les risques appliquée à la formation elle-même.

Formation LCB-FT des personnes concernées selon leur niveau d’exposition

Trois cercles de formation peuvent être distingués et applicables, quelle que soit la taille de l’organisation.

1- Le responsable LCB-FT et le déclarant Tracfin : ces personnes doivent bénéficier d’une formation approfondie couvrant l’ensemble du dispositif : cadre réglementaire complet, évolutions législatives et jurisprudentielles, gestion des alertes, conduite des examens renforcés, procédure de déclaration à Tracfin.

Leur niveau de maîtrise doit être suffisant pour former eux-mêmes les collaborateurs sur les aspects propres à l’organisation et pour dialoguer avec l’autorité de contrôle en cas de vérification.

2- Les collaborateurs directement exposés : ceux qui sont en contact avec les clients, traitent les opérations, instruisent les dossiers ou interviennent dans les processus de conformité et de contrôle interne.

Pour eux, la formation doit être ciblée sur les éléments directement opérationnels, comme comment identifier un signal d’alerte dans leur contexte métier ? Quels seuils s’appliquent ? Quelles informations recueillir ? Etc.

3- Les autres collaborateurs : ceux qui n’interviennent pas directement dans les processus LCB-FT, mais peuvent être amenés à interagir ponctuellement avec des clients ou des situations sensibles.

Une sensibilisation générale aux grands principes LCB-FT, à l’obligation de discrétion, au réflexe d’escalade, etc. est suffisante et attendue.

Cependant, dans les petites structures, ces trois cercles se réduisent souvent à une ou deux personnes qui cumulent plusieurs rôles. Si l’obligation reste entière, elle reste bien plus simple à organiser.

Le contenu de formation LCB-FT attendu selon le niveau de responsabilité

La réglementation n’impose pas de programme type, mais les lignes directrices des autorités de contrôle permettent d’identifier les thèmes incontournables à couvrir et à adapter selon le niveau du collaborateur formé.

Pour les formations approfondies (premier cercle) :

  • définition et mécanismes du blanchiment de capitaux et du financement du terrorisme ;
  • cadre juridique applicable à l’entité ;
  • ensemble des obligations LCB-FT (vigilance, déclaration, archivage, contrôle interne) ;
  • procédure interne de l’organisation dans le détail ;
  • actualité réglementaire nationale et européenne.

Exemple de programme de formation approfondie à la LCB-FT

Formation LCB-FT : qui former, sur quoi et à quelle fréquence ?

Pour les formations ciblées (deuxième cercle) :

  • reconnaissance des signaux d’alerte dans le contexte métier spécifique :
  • procédure d’escalade interne (à qui signaler, comment, dans quel délai) ;
  • obligations d’identification et de vérification d’identité applicables à leur poste ;
  • interdiction d’informer le client et/ou toute personne extérieure à l’organisation.

Le contenu doit impérativement être adapté au secteur d’activité. En effet, les signaux d’alerte pertinents pour un expert-comptable (flux de trésorerie incohérents avec l’activité déclarée ou opérations non justifiées dans les comptes) ne sont pas les mêmes que ceux d’un agent immobilier face à un acheteur qui propose un règlement en espèces, ou ceux d’un avocat sollicité pour créer une société dans une juridiction opaque.

Autrement dit, une formation générique, déconnectée du contexte métier réel, fragilise la conformité LCB-FT au lieu de la renforcer et n’a donc aucune utilité.

Formation LCB-FT : fréquence, modalités et preuve

Savoir qui former et sur quoi est une bonne base, mais il faut également savoir comment organiser concrètement la formation, choisir les bons formats et être en mesure d’en apporter la preuve. On vous explique !

À quelle fréquence former à la LCB-FT ?

La réglementation ne fixe pas de fréquence minimale explicite, mais les lignes directrices et la logique opérationnelle permettent de dégager des repères clairs.

Une formation initiale doit être organisée pour tout nouveau collaborateur concerné, dès son intégration et avant qu’il soit mis en situation de contact avec des clients ou des opérations assujetties. Ce n’est pas négociable, un collaborateur non formé qui prend en charge un client est un maillon faible dans le dispositif.

Exemple de programme de formation initiale à la LCB-FT

Formation LCB-FT : qui former, sur quoi et à quelle fréquence ? – illustration 2

Une formation de mise à jour doit être déclenchée à chaque évolution réglementaire significative, comme la transposition d’une nouvelle directive européenne, la modification des listes du GAFI, le changement de la procédure interne, l’évolution des seuils applicables, etc. Ces formations de mise à jour peuvent être courtes et ciblées, l’essentiel étant qu’elles soient organisées et tracées.

En dehors de ces deux déclencheurs formels, une sensibilisation régulière permet de maintenir le niveau de vigilance au quotidien. Cette sensibilisation peut passer par le partage d’une actualité réglementaire, le retour anonymisé sur une situation interne, un rappel saisonnier des obligations clés, etc.

Mais au risque de nous répéter, ces actions ne remplacent pas la formation structurée, elles en prolongent simplement les effets dans le temps.

En pratique, une fréquence de formation structurée annuelle est recommandée pour les collaborateurs du premier et du deuxième cercle et tous les deux ans au minimum pour les autres collaborateurs.

Les modalités de formation LCB-FT acceptées

Plusieurs formats de formation sont acceptés par les autorités de contrôle :

  • formation présentielle animée par un formateur interne ou externe ;
  • module e-learning avec suivi des complétions ;
  • formation dispensée par le responsable LCB-FT à condition qu’il soit lui-même correctement formé.

Bon à savoir : certains ordres professionnels peuvent proposer des formations LCB-FT dédiées aux professionnels du secteur concernés, comme c’est le cas de la formation e-learning proposée par le Conseil National des Barreaux pour les avocats. Renseignez-vous !

En revanche, certaines pratiques courantes ne sont pas considérées comme suffisantes (procédure envoyée par mail, accès à une fiche mémo ou à un article en ligne, simple présentation de la procédure LCB-FT, etc.). Même si elles sont tracées, elles ne remplissent pas l’obligation, car elles ne garantissent ni la compréhension ni l’appropriation du contenu. Et, en cas de contrôle, l’entreprise s’expose à des sanctions de non-conformité LCB-FT.

Dans la mesure où la distinction entre diffusion documentaire et formation effective est l’un des points les plus fréquemment relevés lors des contrôles, elle mérite, selon nous, d’être explicitée clairement dans la procédure interne afin d’éviter que des initiatives bien intentionnées, mais insuffisantes, ne soient présentées comme des actions de formation.

Documenter et prouver la formation LCB-FT

La traçabilité est la condition sine qua non de la conformité sur ce point. Sans preuve, la formation, même réelle, n’existe pas aux yeux de l’autorité de contrôle.

Les éléments à conserver sont les suivants :

  • les feuilles de présence mentionnant la date, le nom et la fonction des participants ;
  • la durée de la formation et les sujets abordés ;
  • le programme ou support utilisé ;
  • le nom du formateur ou de l’organisme prestataire ;
  • les attestations de formation si la formation a été réalisée par un organisme externe.

En cas de formation e-learning, les exports de suivi générés par la plateforme (date de complétion et score obtenu) constituent la preuve équivalente.

Attention, la durée de conservation de ces documents est de 5 ans, conformément aux règles générales d’archivage LCB-FT.

Dans les petites structures, un tableau récapitulatif simple, maintenu à jour par le responsable LCB-FT et listant chaque action de formation avec ses caractéristiques, suffit amplement, à condition qu’il reflète la réalité.

Construire un plan de formation LCB-FT adapté à son entreprise

Passer d’une obligation subie à un programme structuré est à la portée de toute entreprise, quelle que soit sa taille.

La démarche commence par un état des lieux réaliste : qui a été formé, quand, sur quoi et qui ne l’a pas été. Sur cette base, un calendrier annuel peut être défini, avec des responsabilités clairement attribuées.

Dans les structures disposant d’un plan de formation global, la LCB-FT doit y figurer comme un axe à part entière. Pour les organisations traitant un volume important de collaborateurs, des outils e-learning dédiés à la conformité LAB permettent d’automatiser le suivi des complétions, de gérer les relances et de produire les preuves documentaires sans charge administrative supplémentaire.

Quelle que soit l’approche retenue, la clé est de ne pas attendre qu’un contrôle révèle les lacunes pour structurer le dispositif.

Il faut bien comprendre que former ses équipes à la LCB-FT permet de construire progressivement une culture de la conformité où chaque collaborateur comprend son rôle dans le dispositif et sait comment réagir face à une situation inhabituelle. Dans les organisations où cette culture est ancrée, les risques de manquement involontaire diminuent significativement et les contrôles deviennent moins redoutés. C’est aussi, à long terme, un signal de sérieux envoyé aux clients et aux partenaires. Et plus qu’un atout concurrentiel ou une démarche obligatoire, c’est un moyen de protéger l’entreprise des risques LCB-FT et des conséquences financières qu’ils peuvent engendrer.

Ces contenus peuvent vous intéresser