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Surveillance continue LCB-FT : comment suivre ses clients dans le temps

Surveillance continue LCB-FT : comment suivre ses clients dans le temps
Table des matières

Dans le cadre des obligations de conformité LCB-FT des entreprises, la surveillance continue est l’obligation que les organisations ont le plus tendance à négliger.

Une fois le dossier client constitué à l’entrée en relation, beaucoup considèrent leur devoir accompli. Or, il s’agit d’une erreur, car un client peut présenter un profil parfaitement acceptable au moment de l’entrée en relation, puis évoluer vers une situation à risque élevé plusieurs mois ou plusieurs années plus tard.

Changement d’activité, nouvelle structure de détention, opérations qui ne correspondent plus au profil déclaré, etc. sont autant d’évolutions non détectables si un suivi actif n’est pas organisé. On vous explique comment mettre en place concrètement une surveillance continue LCB-FT.

Zoom sur la surveillance continue en LCB-FT

La surveillance continue est souvent confondue avec la vigilance initiale exercée à l’entrée en relation. Ce sont pourtant deux obligations distinctes qui se complètent sans se substituer l’une à l’autre.

L’article L. 561-6 du Code monétaire et financier impose aux entités assujetties d’exercer une vigilance constante sur la relation d’affaires et d’examiner les opérations effectuées pour s’assurer qu’elles sont cohérentes avec la connaissance qu’elles ont de leur client.

Cette obligation couvre deux volets complémentaires :

  • la mise à jour régulière du profil client d’un côté ;
  • la surveillance des opérations réalisées de l’autre.

Ces deux dimensions doivent fonctionner ensemble. Une organisation qui met à jour ses dossiers, mais ne surveille pas les transactions, ou qui surveille les transactions sans jamais réviser ses profils, ne remplit pas pleinement son obligation.

Il faut savoir que le risque client n’est pas statique. De nombreuses situations peuvent faire évoluer un profil de risque faible ou standard vers un niveau élevé, sans que l’organisation en soit informée spontanément.

Parmi les évolutions les plus fréquentes en pratique :

  • un client qui change d’activité professionnelle ou de secteur d’activité sans en informer l’organisation ;
  • une modification de la structure de détention d’une société cliente (nouveau bénéficiaire effectif, entrée d’un actionnaire étranger) ;
  • un client qui accède à une fonction publique importante et devient ainsi une personne politiquement exposée (PPE) en cours de relation ;
  • un déménagement vers un pays classé à risque par le GAFI ;
  • apparition dans la presse ou sur une base de données spécialisée en lien avec des faits de fraude ou de corruption ;
  • etc.

Ces évolutions ne se signalent pas d’elles-mêmes, c’est le dispositif de surveillance continue qui permet de les détecter.

Surveillance continue LCB-FT : organiser la mise à jour des profils clients

La mise à jour des profils clients est le premier volet de la surveillance continue. Elle doit être à la fois périodique, planifiée à l’avance et réactive face aux événements déclencheurs imprévus.

La revue périodique : fréquence selon le niveau de risque

La fréquence des revues périodiques n’est pas imposée par la loi. C’est à chaque entreprise de la définir dans sa procédure interne en matière de lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme en la calibrant sur le niveau de risque de chaque segment de clientèle. Le principe directeur est simple : plus le risque est élevé, plus la revue doit être fréquente.

Voici un référentiel pratique et applicable à la plupart des professions assujetties :

Niveau de risque Fréquence de revue recommandée
Faible Tous les 3 à 5 ans
Standard Tous les 2 à 3 ans
Élevé Annuelle
PPE ou client exposé géographiquement Annuelle minimum, voire semestrielle

Attention, ces fréquences doivent être adaptées à la réalité opérationnelle de l’organisation. Une structure de 3 à 5 collaborateurs avec un portefeuille limité ne peut pas appliquer le même rythme qu’un département conformité bancaire.

L’essentiel est que le calendrier soit formalisé, respecté et documenté.

Les événements déclencheurs d’une mise à jour immédiate

Comme nous l’avons vu, indépendamment du calendrier de revue prévu, certains événements imposent une mise à jour immédiate du dossier client, et ce sans attendre la prochaine échéance planifiée.

Ces déclencheurs incluent notamment :

  • une nouvelle transaction de nature et/ou de montant inhabituels au regard du profil connu ;
  • un changement de représentant légal ou de bénéficiaire effectif signalé ou détecté ;
  • une alerte générée par l’outil de screening à la suite d’une nouvelle inscription sur une liste de sanctions ;
  • une information négative publiée dans la presse ou accessible via une base de données de conformité ;
  • le refus du client de mettre à jour ses informations à la demande de l’organisation.

Ce dernier point mérite une attention particulière, car un client qui refuse de répondre à une demande de mise à jour constitue en lui-même un signal d’alerte qui doit être traité comme tel et documenté.

Surveillance continue LCB-FT : comment suivre ses clients dans le temps

Que mettre à jour concrètement ?

Lors de chaque revue périodique ou déclenchée par un événement, les éléments suivants doivent être vérifiés et, le cas échéant, actualisés.

La checklist ci-dessous peut être utilisée directement comme trame de revue interne :

☐ Documents d’identité toujours en cours de validité (carte d’identité, passeport, K-bis de moins de 3 mois)

☐ Bénéficiaire effectif inchangé ou mis à jour avec les justificatifs correspondants

☐ Activité professionnelle ou économique toujours cohérente avec le profil déclaré

☐ Origine des fonds conforme aux informations recueillies initialement

☐ Statut PPE vérifié (exercice ou cessation d’une fonction publique importante)

☐ Criblage des listes de sanctions effectué et résultat documenté

☐ Niveau de risque revu : confirmé ou révisé à la hausse ou à la baisse

☐ Date, auteur de la revue et décisions prises consignés dans le dossier

Surveillance continue LCB-FT des opérations : le monitoring des transactions

Le second volet de la surveillance continue porte sur les opérations elles-mêmes. Il s’agit de détecter, parmi les transactions réalisées par les clients, celles qui présentent des caractéristiques atypiques au regard de leur profil connu.

Détecter les opérations atypiques : les signaux à surveiller

Le monitoring des transactions ne consiste pas à surveiller chaque opération de manière exhaustive, mais à identifier celles qui sortent du profil habituel du client. Plusieurs types de signaux doivent attirer l’attention.

Un montant inhabituellement élevé, disproportionné par rapport à l’activité déclarée et aux flux habituels du client, est le signal le plus classique. Mais d’autres indicateurs sont tout aussi pertinents :

  • une fréquence inhabituelle d’opérations similaires sur une courte période ;
  • des opérations fractionnées, c’est-à-dire plusieurs transactions de montant inférieur au seuil réalisées de façon rapprochée pour y échapper ;
  • un changement soudain du mode de règlement (passage aux espèces, utilisation de cryptomonnaies) ;
  • des transactions impliquant des contreparties situées dans des pays à risque ;
  • une incohérence entre la nature de l’opération et le secteur d’activité déclaré du client.

Ces signaux ne sont pas des preuves d’infraction, ce sont des déclencheurs qui imposent un examen renforcé avant de poursuivre.

L’examen renforcé : quand et comment le conduire

Lorsqu’une opération ou un comportement client déclenche une alerte, l’organisation doit conduire un examen renforcé avant de prendre toute décision (exécuter l’opération, la suspendre ou rompre la relation).

En pratique, cet examen comprend plusieurs étapes. D’abord, il faut solliciter des explications et des justificatifs auprès du client : origine des fonds, justification économique de l’opération, documents probants.

Ensuite, il faut analyser les éléments obtenus en les confrontant au profil connu et à l’historique de la relation.

Enfin, il convient de documenter l’analyse conduite et la conclusion retenue, avec validation du responsable LCB-FT. Si l’examen permet d’écarter le soupçon de manière satisfaisante, la relation se poursuit et la conclusion est consignée au dossier. Si le soupçon ne peut pas être levé, une déclaration à Tracfin s’impose.

La surveillance continue LCB-FT : mise en œuvre pratique

La surveillance continue est souvent perçue comme une contrainte lourde. En réalité, bien organisée, elle s’intègre dans les processus existants sans les bouleverser, à condition d’avoir défini clairement qui fait quoi, avec quels outils et selon quelle traçabilité.

Outils et méthodes de surveillance continue LCB-FT selon la taille de l’organisation

C’est logique, mais les moyens à mobiliser dépendent directement du volume de clients et des ressources disponibles. Trois niveaux de dispositif sont envisageables selon la taille de la structure.

La surveillance continue LCB-FT dans les petites structures

Dans les TPE, cabinets individuels ou petites structures professionnelles, un suivi manuel structuré est suffisant à condition qu’il soit rigoureux et documenté.

Concrètement, un tableau de bord simple listant les clients par niveau de risque et leur prochaine date de revue ainsi que des rappels dans l’agenda et une vérification manuelle des listes de sanctions à chaque échéance suffit.

Toutefois, ce dispositif fonctionne si le volume est limité. Au-delà d’une cinquantaine de clients actifs, il atteint rapidement ses limites en termes de fiabilité.

La surveillance continue LCB-FT dans les structures intermédiaires

Dans les PME, cabinets de taille moyenne et organisations multi-sites, la combinaison d’un outil de gestion des dossiers clients avec alertes et d’un outil de screening externe permet d’automatiser les rappels de revue et le criblage des sanctions tout en conservant une validation humaine des alertes.

Les solutions de conformité LAB disponibles sur le marché répondent à ce besoin.

La surveillance continue LCB-FT dans les grandes organisations

Dans les établissements financiers ou les réseaux professionnels importants, un outil de transaction monitoring automatisé avec scoring de risque dynamique est indispensable.

Ces outils analysent les flux en temps réel, attribuent un score de risque mis à jour à chaque transaction et génèrent des alertes selon des règles paramétrables. La revue humaine des alertes reste nécessaire, car l’outil ne se substitue pas au jugement.

Surveillance continue LCB-FT : comment suivre ses clients dans le temps – illustration 2

La surveillance continue LCB-FT par métier

Si la surveillance continue LCB-FT dépend de la taille de l’organisation et de son volume de clients, il faut également préciser que les modalités concrètes de la surveillance continue varient aussi selon les professions. Voici quelques repères essentiels par secteur.

Les experts-comptables et commissaires aux comptes exercent une surveillance qui s’intègre naturellement dans le déroulement des missions : l’analyse des comptes annuels, le suivi des flux de trésorerie, l’examen des pièces justificatives sont autant d’occasions de détecter des incohérences.

L’enjeu est de formaliser et de documenter ce qui est souvent déjà fait intuitivement et de le relier explicitement au dispositif de lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme.

Pour les avocats, la surveillance continue s’applique sur la durée de la mission assujettie. En cas de mission ponctuelle, une vigilance est exercée à chaque nouvelle intervention. Pour les relations continues (accompagnement récurrent dans des opérations de M&A ou de restructuration, par exemple), une revue périodique formalisée s’impose.

Les notaires travaillent principalement à l’acte. La surveillance continue concerne donc avant tout les clients récurrents, dont le profil peut évoluer entre deux actes espacés dans le temps. Une revue systématique du dossier à chaque nouvelle intervention, même si elle semble redondante, est la pratique recommandée.

Pour le secteur bancaire et financier, le monitoring automatisé des transactions est une obligation de fait, compte tenu des volumes traités. La valeur ajoutée humaine se concentre sur la qualité de l’analyse des alertes générées, car un taux de faux positifs élevé mal géré est aussi problématique qu’un taux de détection insuffisant.

La documentation de la surveillance LCB-FT : traçabilité et preuve

La surveillance continue n’a de valeur opérationnelle et juridique que si elle est tracée. En cas de contrôle, l’organisation doit être en mesure de démontrer que le suivi est réel, régulier et fondé sur une analyse effective.

Les éléments à conserver sont :

  • les dates et résultats des revues périodiques ;
  • les alertes générées et les décisions prises (avec justification) ;
  • les examens renforcés conduits (avec les justificatifs recueillis et les conclusions) ;
  • les mises à jour du profil de risque et du niveau de vigilance applicable.

La durée de conservation est de 5 ans à compter de la fin de la relation d’affaires. Un registre de suivi interne, même simple, sous forme de tableur dans les petites structures, permet de centraliser ces éléments et de les présenter rapidement en cas de demande.

La surveillance continue est, avec la cartographie des risques, l’aspect du dispositif de lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme qui distingue le plus nettement une conformité réelle d’une conformité de façade. Les entreprises qui s’y consacrent sérieusement découvrent souvent qu’elle apporte une valeur au-delà de la conformité : mieux connaître l’évolution de ses clients, c’est aussi mieux anticiper les risques commerciaux et construire des relations professionnelles plus solides. Dans un environnement où les outils d’automatisation se démocratisent, la question n’est plus de savoir si la surveillance continue est possible, c’est de savoir comment l’organiser de façon proportionnée et durable.

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